15 juillet 2019 - Aller-retour à vélo (Deux-Montagnes - Repentigny)

Trois années se sont réellement écoulées depuis ma dernière entrée, me voici à rétro-écrire mes aventures, en novembre 2021. Je ne pensais jamais passer autant de temps sans ajouter de nouveaux événements à mon blogue, mais comme la vie nous réserve toujours bien des surprises, j'ajoute maintenant les détails manquants à mon histoire avant de poursuivre avec les événements officiels.

À peine une semaine après cette glorieuse course de six heures dans les sentiers de Tremblant, me voilà en vacances à... Tremblant! Évidemment j'en profite pour tester mes jambes, et ça tient le coup mieux que je pensais. Bon, mon genou gauche fait un peu des siennes, ce n'est pas nouveau. J'en profite le dimanche pour aller courir en solo à 5:45 du matin dans les sentiers de Tremblant, quel moment mémorable! Je suis littéralement au-dessus des nuages, seul en piste dans un calme absolu. Même qu'à un certain moment dans un sous-sentier je me suis arrêté et je me demandais ce qui clochait, avant de réaliser qu'il n'y avait pas un son, pas de vent, pas d'oiseaux qui chantent, pas d'insectes, rien. Une quiétude parfaite, un silence tel que j'en ai rarement entendu. Si bien que j'ai même commencé à avoir peur, mon esprit vagabondant et se rappelant la scène dans Le Seigneur des Anneaux, dans la Moria, lorsque tous les orques se sont tus pour faire place au Balrog. Je regarde de tous les côtés, aucun Balrog à mes trousses!

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Ça fait des années que mon genou gauche m'inquiète, mais voilà qu'en 2018 je fais l'expérience une douleur qui m'était inconnue jusqu'à ce moment : un mal intense au pied droit, plus spécifiquement au talon. En fait j'ai déjà ressenti une douleur à quelques reprises après des parties de hockey cosom, mais un bon matin de septembre au moment de me lever, voilà que je n'étais soudainement presque plus capable de marcher! Je dois oublier les courses MEC en sentier 5 et 6. Je laisse le temps passer, je réessaie de courir en octobre et en novembre, c'est clairement une mauvaise idée et j'ai besoin de temps de repos.

Aucune activité de course de novembre 2018 à juillet 2019, une pause complète. J'ai consulté un podiatre, c'est définitivement une fasciite plantaire, ce n'est pas très clair ce qui l'a causée, potentiellement des changements de souliers (style stabilité vs neutre), du surentraînement, ou carrément qu'il me faudrait devrais porter des orthèses. J'en achète d'ailleurs, des orthèses, mais je suis incapable de les porter, ça ne me va pas du tout. Je laisse le temps passer à la place et je me lance un autre défi pour 2019 : m'entraîner pour un aller-retour au boulot à vélo!

Une mise en contexte s'impose : j'habite à Deux-Montagnes, mais je travaille à Repentigny, donc une bonne cinquantaine de kilomètres. J'ai un excellent vélo que j'ai eu pour la fête de mes 30 ans (merci Cinzia!), mais je ne l'ai guère utilisé, surtout dans les récentes années. Ma dernière sortie à vélo remonte à juin 2017, et avant celle-là on parle de 2014. Je suis définitivement davantage un coureur qu'un cycliste, pour moi le sentiment de liberté est beaucoup plus grand avec la course, il n'y a qu'à mettre les souliers et hop c'est parti. Dans ma jeunesse j'ai toujours fait du vélo de montagne, mais avec un vélo de ville tout me semble plus lourd et officiel : il faut mettre un casque, des lunettes, un cuissard, préparer une gourde, une trousse, mettre des souliers « à clips », rouler avec les voitures, etc. Sans compter que presque tous les cyclistes que je connais ont eu au moins un accident grave à un moment ou un autre, ce n'est pas rassurant. Mais je veux donner une réelle chance à ce sport, et je ne me cache pas que j'aimerais bien participer à un triathlon un jour.

Le 9 juin 2019 au matin, j'enfourche donc mon vélo pour me rendre jusqu'à la plage d'Oka, un aller-retour de 31 km. J'ai la chance d'y apercevoir des daims sur la piste cyclable, c'est magnifique. Je refais le trajet une deuxième fois une semaine plus tard. Puis j'augmente la distance à 48 km la semaine d'après, lorsque j'ai la chance d'apercevoir deux grosses tortues qui traversent la rue dans le Parc d'Oka.

La semaine suivante j'alterne mon trajet pour passer par Laval, mais arrive qui ce doit arriver à tous les cyclistes : une crevaison. J'ai deux bonbonnes de CO2 pour régler ça, mais je n'y arrive pas et je les gaspille (encore une fois). Je rentre donc avec Uber. Je sais que c'est ma technique qui n'est pas bonne, mais je m'achète une petite pompe manuelle à la place des bonbonnes pour la prochaine fois, je suis tanné de ces machins! Puis une autre semaine d'entraînement, j'augmente la distance à 61 km en allant vers mon ancien quartier de Montréal.

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C'est donc cinq sorties à vélo plus tard, le 15 juillet 2019, que je décide d'entreprendre mon défi Deux-Montagnes -> Repentigny -> Deux-Montagnes. Je suis probablement sous-entraîné, mais je suis impatient et mon 61 km s'est très bien déroulé. En fait c'est surtout le retour qui m'inquiète. Je me lève à 4:00 ce matin-là car je veux arriver très tôt au bureau, et les routes sont plus désertes et plaisantes tôt le matin.

Presque 4:30, c'est parti! Deux-Montagnes disparait en un rien de temps et je me retrouve à Laval-Sur-Le-Lac. J'ai décidé de longer toute la partie sud de Laval jusqu'au pont Viau menant vers Montréal. Beaucoup de pistes cyclables, mélangées avec quelques boulevards, mais c'est très calme à cette heure-là. Je poursuis la route dans le nord de Montréal, principalement sur Gouin. Ce n'est pas le chemin optimal, mais je connais très bien cette route pour y avoir rouler à vélo de montagne à plusieurs reprises en 2005-2006. La route est longue et moins belle que dans mes souvenirs, beaucoup de nids de poule, mais après Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies et Pointe-aux-Trembles, un dernier pont et j'arrive au travail... la moitié de la mission est accomplie!

J'avais prévu le coup en laissant quelques articles au bureau, je suis le premier arrivé et je suis fier de ma ride : environ deux heures. Bon mes jambes sont quand même un peu molles et mon postérieur n'est pas heureux, mais je ne suis pas trop épuisé, je peux faire mon quart de travail sans souci.

Le moment que je redoutais davantage est bien vite arrivé, je termine exceptionnellement ma journée à 15:00 pour me donner davantage de temps, et c'est déjà le temps de revenir... ouf! L'expérience de l'après-midi est très différente du beau matin frais et paisible que j'ai connu. D'abord il fait 28°C sans compter la température ressentie. Aussitôt que j'embarque sur mon vélo, mes fesses et mes jambes me rappellent que j'ai parcouru 52.5 km à vélo plus tôt ce jour-là. Dès la deuxième rue je traverse un chantier de construction dans le trafic, le bruit et les odeurs associés.

J'opte pour utiliser le même chemin de retour qu'à l'allée. Le parcours est définitivement plus pénible avec la chaleur, mais je dois aussi respecter davantage les arrêts et les feux de circulation, je dois freiner et donc dépenser davantage d'énergie à maintes reprises. Bon ce n'est pas que de la misère, j'apprécie quand même être capable de relevé le défi, mais ayant toujours pratiqué ce sport tôt le matin, j'avais grandement sous-estimé ce que c'était que de faire du vélo en fin d'après-midi. Comble de malheur je me perds quelque peu à Laval, je dois interroger mon GPS à quelques reprises, et je commence vraiment à stresser car je dois arriver à la maison à temps pour aller chercher la petite à la garderie. Je termine finalement ce pénible trajet de 55 km en environ 2h40... mission pleinement accomplie!

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J'ai peut-être un petit côté masochiste, car onze jours plus tard l'envie de refaire l'aller-retour me reprend. Cette fois-ci je passe par la rive nord, et ce chemin réduit la distance à 49.6 km. Le retour est cependant encore bien pénible dans la chaleur de l'après-midi. Je décide d'expérimenter par le nord de Laval, mais il y avait moins de pistes cyclables que ce que j'espérais, je suis bien trop souvent à mon goût sur des bords de route à rouler tout près des voitures. Je comptabilise 52.1 km pour ce retour.

Le 5 septembre, après les vacances d'été, je tente à nouveau l'expérience. Je commence à devenir expert à me lever à 4h du matin pour me rendre au bureau, et je dois dire que cette fois-ci, tout est nickel. Je passe par la rive nord autant à l'aller qu'au retour, la température est meilleure, et je commence vraiment à y prendre goût. C'est presque la routine quoi!

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18 septembre 2019 : le jour fatidique.

Confiant de mes expérimentations et avec mon défi 2019 relevé haut-la-main, je décide de me rendre au travail à vélo pour une quatrième fois. J'avais déjà remarqué, deux semaines auparavant, que le soleil se levait beaucoup plus tard qu'en juillet. On va se le dire franchement : il fait noir. Je n'ai rien changé ou ajusté avec mon vélo, je n'ai ni surfaces réfléchissantes ni lumière pour m'aider à voir mon chemin. Je réalise déjà à Saint-Eustache que certaines rues sont très sombres et que je peine à voir l'asphalte, heureusement que je connais plutôt bien le chemin.

L'aventure se poursuit, il doit être rendu au moins 5:30-5:45 lorsque, 32 km plus tard, j'arrive au Parc de la Pointe de l'Île à Terrebonne. Les parcs ne sont pas toujours les endroits les plus éclairés, et lorsque j'arrive près du pont qui traverse la Rivière des Milles Îles, en ligne bien droite, j'ai cette pensée qui me traverse la tête : « tiens, il me semble que la piste cyclable faisait un détour vers la droite avant de revenir vers le pont ». C'est mon dernier souvenir avant de me réveiller par terre.

J'ai mal. Je suis confus. Je me lève, ou plutôt tente de me lever, mais je tombe aussitôt sur mon vélo, suite à une douleur trop intense à l'épaule. Je décide de m'assoir. Qu'est-ce que je faisais? Où suis-je? Ça me prend quelques secondes pour réaliser que j'étais sur le chemin du travail. Je comprends que j'ai fait une chute à vélo. J'attends un peu pour voir si ça va passer, mais avec la douleur vive qui persiste je me rends à l'évidence que je devrai me rendre à l'hôpital. Pas question d'appeler une ambulance car j'ai trop peur pour mon vélo, j'appelle un Uber pour rentrer à la maison. Le chauffeur doit m'aider à mettre le vélo dans la valise. J'apprends que j'ai du sang au visage lorsqu'il me donne quelques mouchoirs pour l'essuyer afin de me pas salir le siège.

Ma petite était sur le point de partir pour la garderie lorsque j'arrive dans cet état pitoyable à la maison. Elle restera pour quelque temps traumatisée de cette expérience, de voir son père si vulnérable, jusqu'à en faire des cauchemars. Ma femme m'accompagne à l'hôpital, où le diagnostic tombe : clavicule gauche cassée.

Quelques semaines à être patient, à faire de la physiothérapie et des exercices de façon quotidienne. Je n'aurai pas été opéré car par le temps que les médecins se rendent compte que mes os ne se sont jamais re-soudés, j'avais presque retrouvé l'amplitude complète au niveau des mouvements de mon bras gauche, ça ne valait plus la peine. Je resterai donc avec cette fracture et une bosse dans l'épaule de façon permanente pour le reste de mes jours. Je savais bien que c'était dangereux le vélo! Et quel idiot d'avoir procrastiner si longtemps pour installer une lumière sur le vélo! Heureusement je m'en tire avec très peu de nouvelles limitations, et en prime le vélo est en bon état mise à part un guidon crochi. Je retourne voir le site de l'impact environ un mois plus tard, et même sans obscurité il est clair que la piste est périlleuse... je constate d'ailleurs que je devais effectivement faire un détour vers la droite pour me rendre au pont!

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