Événement 23 - 13 novembre 2011 - Challenge Monumental du Mont-Royal - 55.5 km - 6:43:11 (7:16 min/km)

J'ai toujours trouvé la distance du marathon plutôt extrême (42.195 km), je crois qu'il faut être un peu fou pour vouloir parcourir une telle distance et par conséquent je ne pensais jamais vouloir en faire plus... jusqu'à la journée fatidique du 8 octobre 2011. Je courrais lors d'un entraînement de groupe avec Team in Training lorsque mon amie Stéphanie me parla d'un événement hors du commun, le Challenge Monumental du Mont-Royal. Il s'agît d'une course très peu officielle qui est organisée par le propriétaire de la boutique Endurance (sur St-Denis à Montréal), avec une page facebook expliquant le concept suivant:

« Peut-on l'appeler un ultra? Oui! Mais c'est avant tout un challenge amical, pas de frais d'inscription, pas de t-shirts, pas de gagnants, pas de médailles et pas de gels ni de gatorade!!! Vous et vos baskets, quelques gels, bananes ou barres d'énergie pour tenir le coup, et surtout vos sourires c'est tout! Au programme: 5 fois le chemin Olmsted (du monument, vers la croix, une boucle autours et on redescend, environ 11 km, 630m de montée, 630m de descente). Incertain d'être capable de faire toute la distance? Venez faire une ou deux boucles! Plus on est de fous, plus on s'amuse... »

Je n'avais pas couru de marathon cet automne et je dois admettre que ça me manquait. J'avais déjà le Xtrail Asics Orford 21km de prévu pour la fin de semaine suivante, ainsi que la Course au Parc National D'oka 21km pour la fin de semaine précédant ce fameux défi. Étais-je prêt à affronter une telle épreuve, un ultramarathon en côtes? Je n'en étais pas certain... mais l'aspect non-officiel de l'événement était attrayant, je pourrais toujours arrêter après trois ou quatre boucles. Je décide donc de m'embarquer dans l'aventure, et je verrais bien où l'entraînement me mènerait.

Après Orford, j'invite Stéphanie et Jean-Guillaume (ce dernier, autre bon ami connu via Team in Training et conjoint de Stéphanie, avait également décidé d'affronter le challenge monumental) à Deux-Montagnes pour faire une longue course préparatoire. Résultat: nous faisons 33 km en courant de chez moi jusqu'à la plage d'Oka (une course absolument magnifique avec de beaux paysages d'automne), une course qui ne fut pas facile pour Jean-Guillaume mais que nous réussissons tout de même tous haut la main.

La semaine suivante nous décidons d'obtenir un avant-goût de la belle mais terrible montagne: trois boucles préparatoires sur le chemin Olmsted au Mont-Royal, soit 60% du défi que nous voulons relever. Ce fut une course très bénéfique, notamment pour moi car j'ai rarement couru là-bas (wow je manquais quelque chose!) et ça me permet de connaître les tournants et diverses côtes. Nous fixons également des points de repos, où nous nous permettons de prendre une ou deux minutes de marche. D'ailleurs cette fois-ci c'est moi qui termine un peu plus difficilement, Jean-Guillaume aurait volontiers ajouté les deux boucles manquantes à notre parcours car il était en pleine forme après 33 km!

La semaine suivante c'est au tour d'Oka, où je cours un peu trop vite considérant que je devrais prendre ça relaxe en vue du 55 km. La semaine précédent l'événement je ressens quelques petites douleurs dans mon genou gauche (ce qui semble arriver surtout lorsque je pousse un peu trop en vitesse), ce qui m'inquiète mais je me sens tout de même prêt. C'est lors de cette semaine que je me convaincs finalement de relever le défi complet des cinq boucles; le mental est une partie tellement importante lors d'une course en endurance qu'il faut savoir ce que nous allons faire... le fait qu'il est possible de faire moins de cinq boucles est en quelque sorte une arme à deux tranchants: bien que l'épreuve est plus attrayante, il y aura une tentation grandissante après chaque boucle d'arrêter et de dire « j'en ai fait assez »! Je prends donc la décision ferme de surmonter l'épreuve (sauf s'il y a blessure bien entendu).

Entre-temps Jean-Guillaume pense a un super concept de dossard pour la course, il a modelé un superbe modèle vierge que chacun peut imprimer et où il est écrit | = 11 km... à chaque tour complété, nous ajouterons au marqueur une ligne verticale et nous finirons par la cinquième reliant les autres. De cette façon pendant la course il sera possible de suivre le progrès de tous et chacun.

L'événement annoncé sur la page facebook commence à 9:30 le dimanche matin, ce qui est très tard pour une course... nous décidons plutôt de nous y rendre pour commencer à 8:00 car la journée sera longue. Je suis d'ailleurs chanceux car je peux stationner ma voiture juste en face de la statue, donc très accessible pour faire le plein de vives. Plusieurs amies de Jean-Guillaume et Stéphanie nous rejoignent pour débuter la course et resteront avec nous pour les premiers tours, entre autres Lélia qui a aussi fait Team in Training, Manuela qui est en visite de l'Autriche, et Marie-Claire qui est en visite de la France. Les jumelles Puntous (championnes internationales de Ironman), que nous avions rencontrées deux semaines auparavant, se joignent également de la partie pour quelques boucles. Il y a finalement un groupe du coin des coureurs qui est présent, et nous sommes donc environ une quinzaine à commencer l'épreuve à 8:00.

Novembre nous a offert une excellente journée pour la course (4 à 12°C, nuageux avec éclaircies), et c'est donc avec le sourire que nous nous commençons cette grande épreuve. De toute évidence, nous ne prenons pas un rythme incroyablement rapide... nous avons de longues heures devant nous. Après quelques kilomètres, au premier arrêt de marche (aux escaliers), nous perdons les jumelles qui préfèrent ne pas arrêter et qui sont de toute façon beaucoup plus rapides que nous. Nous continuons sans problème notre première montée jusqu'au belvédère, d'où nous pouvons voir un magnifique panorama de Montréal. Manuela, qui en est à sa première visite au pays, trouve la vue époustouflante. Pendant ce temps Jean-Guillaume et moi regardons davantage sur notre gauche, où une jeune femme flash ses seins devant quelques photographes... eh bien, on trouve de tout à Montréal, même à 8:30 le matin! Celle-ci ne sera pas de la partie lors des tours subséquents...

Nous continuons et complétons la boucle sur le Mont-Royal et redescendons pour la première fois. Bien honnêtement, nous ne nous sentons pas en pleine forme... il semble que deux semaines auparavant, nous étions bien plus forts. Peut-être un surentraînement, mélangé à un léger manque de sommeil? C'est possible... difficile d'être toujours au top de sa forme, d'une semaine à l'autre c'est toujours si différent.

De retour en bas de la montagne, nous apercevons une belle foule de coureurs... il était environ 9:30, heure du départ officiel. Des dizaines (un peu moins d'un centaine) de coureurs partent peu de temps après pour affronter la montagne. Pendant ce temps nous allons toucher notre premier lion; la statue au pied de la montagne est entourée de quatre lions, alors notre concept pour compléter les boucles est de toucher un lion différent à chaque fin de boucle, puis de terminer en touchant la statue centrale. Il faut bien se divertir un peu tout de même. :-)

Nous entamons notre deuxième boucle avec notre cri d'équipe improvisé que nous utiliserons à chaque tour: Jean-Guillaume crie CHALLENGE, et nous répondons MO-NU-MEN-TAL! C'est drôle comme une simple chose banale comme celle-là peut donner de l'énergie. Nous sommes toujours tous ensemble, Manuela qui n'a pourtant que très peu couru au cours des derniers mois nous suit sur deux boucles entières (soit plus d'un demi-marathon en pentes!). Nous voyons régulièrement les jumelles passer à un rythme bien au-dessus de nos capacités, mais c'est toujours agréables de les croiser ainsi que de voir les autres participants passer; plusieurs auront adopté le dossard signé Jean-Guillaume.

De toute évidence les boucles se ressemblent, nous continuons donc sans trop d'événements marquants la deuxième boucle. Manuala et Lélia nous quittent, mais Mike le copain de Lélia nous fait une belle surprise en apportant de l'eau, du gatorade et des fruits... c'est grandement apprécié. Je crois que la troisième boucle fut la plus difficile pour nous tous, nous parlions de moins en moins et nous devions nous concentrer davantage. Nous avons d'ailleurs tout de même décidé de nommer deux côtes que nous n'aimions pas particulièrement, la côte « pique » qui est brève mais très apique (et qui pique un peu notre humeur!), ainsi que la « longue chiante qui n'en finit plus » (version polie). De mon côté la majeure partie de la course je sentais une petite douleur au genou gauche qui ne voulait pas me lâcher, et nous étions davantage épuisés que deux semaines auparavant lors de notre 33 km.

C'est probablement à la fin de cette boucle que notre moral était le plus bas, et c'était maintenant au tour de Marie-Claire de nous quitter (elle a quand même fait trois boucles!). C'est à ce moment qu'une source revigorante d'énergie est arrivée: Tony! Tony est est un entraîneur de Team in Training extraordinaire, il est ultramaratonien (il a fait un 80 km en juin) et il est toujours très positif. Il est venu nous encourager et il nous donne vraiment un renouveau d'énergie et de positivisme dont nous avions besoin. Il a également apporté eau et gatorade pour nous rassasier!

Nous commençons donc la quatrième boucle avec lui, et bien que nous ne parlions pas toujours beaucoup nous étions très reconnaissants de sa présence. Cette avant-dernière boucle allait nous mener vers une distance encore inexplorée par nous, soit 44 km... c'est la boucle marathon. Je m'amusais à nommer ainsi les boucles: « la boucle réchauffement », « la boucle facile » (pas si facile après tout, mais bon...), « la boucle difficile », « la boucle marathon », « la boucle ultramarathon »... après plusieurs heures laissé avec soi-même, on doit se trouver une façon de se divertir!

Je sais que Stéphanie s'inquiètait pour Jean-Guillaume à la fin de la quatrième, et elle pense qu'il est peut-être mieux pour lui d'arrêter... elle est prête à arrêter elle-même pour rester avec lui si tel est le besoin. De mon côté j'ai un mal mal au cou, au dos, à un orteil et autres places diverses, mais le genou tient le coup et c'est ce qui m'inquiétait le plus donc je sais que je continuerai. Jean-Guillaume de son côté nous assure de se sentir bien (enfin relativement bien)... assez épuisé, mais sans douleur/blessure réelle, et c'est avec une confiance inébranlable qu'il décide de pousser le défi jusqu'au bout, nous inspirant par la même occasion. Nous sommes arrivés jusque là, pas question d'arrêter!

Nous remercions Tony de nous avoir tenu compagnie pour cette quatrième boucle, et nous entamons la cinquième. Nous devons parcourir 13 km de plus que la distance standard du marathon... nous sommes maintenant en territoire inconnu. Lors de cette cinquième et dernière boucle, nous nous séparons pour la première fois lors du parcours car nous avons besoin de petites pauses à des moments différents; je prends légèrement les devants et j'essaie de me concentrer. Je pense à cette épreuve, je pense à la course en général... à cette chance que j'ai d'être en santé, à quel point je suis si reconnaissant de pouvoir relever ce défi. Je pense à mon oncle Daniel qui est en soins palliatifs et qui souffre bien plus que moi, je pense à ma mère qui vient de passer un mois avec lui au BC et qui est présentement à Montréal, je pense à mon frère qui vit tellement d'épreuves difficiles dans sa vie, je pense à mon épouse à laquelle j'ai hâte de raconter cette expérience, je pense à toutes ces personnes de Team in Training que j'ai rencontrées et qui m'inspirent... comme je suis chanceux et heureux, j'aime ce que je fais et je continue sans problème presque jusqu'à la fin.

En général ce qui me donne le plus de difficultés dans les marathons, ce sont les crampes... et malgré mon armée nutritive de gatorade, gels, jujubes powerbar, stingers, bloks, Lärabar, dattes et pilules d'électrolytes, c'est au 53e km kilomètre que j'en attrape une solide... une belle grosse crampe au quadriceps gauche. Je passe quelques minutes à essayer de m'en débarrasser, et c'est à ce moment que Jean-Guillaume et Stéphanie me rejoignent, ils n'étaient pas bien loin derrière. Nous continuons ensemble pour les deux dernière kilomètres (je réussis à me défaire de la douleur), et c'est avec une joie immense que nous atteignons enfin la fameuse statue au pied du Mont-Royal, dans le bruit des tamtams et des nuages de fumée de pot!

Luis, l'organisateur de la course, était là pour nous accueillir et nous féliciter de notre exploit. Nous apprenons qu'il y avait 7 participants qui faisaient l'ultramarathon au complet en solo (en fait 2 ou 3 ont même fait un peu plus!), la plupart faisant quelques boucles tout au plus. C'est lorsque j'appelle mon épouse pour lui annoncer notre triomphe que je réalise à quel point je suis heureux et fier d'avoir accompli ce défi, je suis épuisé mais tellement satisfait. C'est non seulement la première fois que je parcourais une telle distance, mais également la première fois que je courrais si longtemps en étant accompagné tout le long et l'expérience fut extraordinaire; courir avec mes amis Jean-Guillaume et Stéphanie a été un réel bonheur et j'en suis très reconnaissant. En écrivant ces lignes je me demande d'ailleurs: aurais-je été capable d'accomplir cet exploit seul? Pour moi la course c'est réellement un sport d'équipe, même si ça peut sembler bizarre à certains. Mais pour l'instant j'ai une autre priorité, soit ma petite récompense personnelle: j'ai 5500 calories à retrouver!!

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