Événement 62 - 29 juillet 2018 - Course MEC en sentier 4 : Mont-Tremblant - 40 km - 6:27:40 (9:42 min/km)

Voilà déjà bien longtemps que je n'ai pas attaqué une distance s'apparentant au marathon, ça remonte à plus de deux ans. Je me souviens cependant de l'entraînement que cela implique, et je m'y investis bien à fond en complétant quatre distances dépassant les 30 km dans les semaines précédent l'événement. Bon il y a toujours quelques imprévus, comme un voyage de deux semaines en France pour le travail où j'abuse clairement des bonnes choses, mais au moins l'entraînement a continué. Je me souviendrai d'ailleurs longtemps du chemin de halage longeant la Vilaine, à Rennes, en Bretagne, où j'ai réussi à compter 41 lapins sur un segment de 6 km!

Je garderai aussi d'autres souvenirs moins amusants, comme cette fameuse course de 30 km à mon retour au pays, à 4:30 am car j'étais encore sous le décalage horaire. C'était particulièrement chaud et humide, et je me suis rendu dans les sentiers de Oka pour me faire dévorer par les mouches à chevreuil. En fait elles me piquaient derrière le cou environ aux trente secondes, impossible de les semer, et lorsque j'ai levé la tête vers le ciel derrière moi pour les voir j'ai presque paniqué : un véritable essaim, des dizaines et des dizaines de taons qui me tournaient autour! Seul dans le bois et ne sachant trop quoi faire, j'ai fini par courir à toute vitesse jusqu'à la plage, lancer mon téléphone dans le sable et me précipiter dans l'eau tout habillé, souliers inclus. J'y suis resté pendant plusieurs minutes à profiter de la paix du lac... mais le repos fut de courte durée, car après quelques minutes de lourde course (souliers plein d'eau et de sable!), les taons étaient de retour. Argh!!

Cet épisode de bestioles m'a définitivement rappelé mon expérience à la course de St-Donat deux ans auparavant, mais je croyais tout de même que la mi-juillet allait être moins pire que juin au niveau des bébittes! Bref, beau temps mauvais temps, le stuff à mouche fera partie de mes bagages pour ma prochaine course à Tremblant! Je prépare donc les essentiels la veille de la course pour ne rien oublier, incluant : eau, jujubes, gels, Gatorade, Camelbak, souliers de course, linge de rechange, sandales, crème solaire, Vaseline, Nip Guards, Off!

L'été est particulièrement chaud cette année, et comme la course se déroule un 29 juillet, pas le choix de se préparer à affronter une chaleur chaude et humide... mais quelle belle surprise nous réserve Dame Nature, avec un matin frais à 16°C et une température qui n'excède guère les 26°C en après-midi, souvent sous le couvert des nuages. Difficile de demander mieux, à la limite j'ai presque eu froid par moments!!

Mes deux collègues devant être présents ont choké, je suis seul dans le village de Tremblant le matin fatidique. Bon, « seul » avec environ 800 autres participants, dont 145 présents pour le 40 km. L'organisateur nous indique qu'il ne nous servira à rien de gaspiller trop d'énergie au départ vu le premier kilomètre difficile qui nous attend, et il aura bien raison! Avec une montée d'environ 120 m sur de petites roches, la marche s'impose rapidement.

Mais ce n'est que la pointe de l'iceberg. Certes, lorsque nous recommençons à courir dans les sentiers plus plats ou pendant les descentes, c'est le bonheur et on oublie vite l'effort effectué... mais en réalité il y a cinq bonnes ascensions, et la première est de loin la plus facile.

Le parcours est très technique et les sentiers très variés, on y trouve beaucoup de racines, roches, ponts, ruisseaux, etc. Les rochers sont particulièrement glissants car on passe régulièrement dans des trous boueux, je fais excessivement attention car je connais bien le danger de blessure suite à mes courses précédentes...

J'aperçois deux chevreuils traverser une rue à environ 4 km, puis à 10 km j'arrive à la station d'eau en grande forme après avoir terminé avec la deuxième « montagne ». C'est le pur bonheur à ce moment, oranges et bananes sont au rendez-vous, en plus du breuvage avec électrolytes et de l'eau... ça fait du bien de recharger les batteries! D'ailleurs à cette station il est obligatoire de repartir avec des bouteilles pleines pour s'assurer d'une autonomie jusqu'à la station de 23 km... à ce moment ça semble anodin, mais la prochaine côte sera une vraie tueuse!

Voilà donc que du 10e au 16e km, on fait une ascension fulgurante de 600 m... et là je dois admettre que ça devient beaucoup moins facile! Les descentes aussi sont difficiles, elles sont tellement abruptes que ça demande une bonne dose d'énergie pour se stabiliser et il est souvent impensable d'avancer rapidement.

Même si je m'étais très bien placé au départ de cette course par rapport à ma vitesse, les coureurs du 20 km nous rejoignent pendant les kilomètres 17 à 23 et je dois donc régulièrement laisser passer les plus rapides. C'est à la station d'eau du 23e km qu'on se sépare, et c'est là que la course devient plus pénible pour moi : il ne leur reste que 2 km pour compléter leur événement, il m'en reste près de la moitié, et je me sens épuisé!

Évidemment je poursuis malgré tout, mais pendant les prochains 5 km c'est « le mur » et je broie du noir. Il y a des indicateurs de distance environ aux 2 km, mais on dirait que j'en parcours dix entre chaque borne. Je m'interroge à savoir pourquoi je cours de telles distances, où est le plaisir dans tout ça? Je flirt même quelque peu avec l'idée d'abandonner... mais bon, pas vraiment sérieusement, car non seulement c'est physiquement difficile à faire (loin dans le bois), mais j'ai déjà vécu deux abandons et c'est bien plus pénible à vivre à long terme que la souffrance physique du moment qui se dissipera après la course. Mais les quadriceps sont sur le bord de cramper, et je dois progresser très lentement dans les ascensions... ce qui semble d'ailleurs être le cas de tous les autres participants que je rencontre. Curieusement j'ai un bout de la chanson Belzébuth des Colocs dans la tête : « Des kilomètres, des kilomètres, soif dans la gorge, mal dans les pattes. Surtout surtout ne pas penser, sinon mon coeur arrête de battre ».

À 28 km c'est la renaissance : le sommet où les remonte-pentes arrêtent est atteint, et c'est la station d'eau (orange, banane, etc). Il ne nous reste plus qu'à descendre, il ne restera qu'une seule grande ascension. Comme par magie mes quadriceps coopèrent pour cette descente, et je me sens beaucoup mieux. Les idées noires se dissipent, et mon amour de la course revient comme par enchantement. Je rencontre plusieurs randonneurs en route vers le sommet... j'ignore si on fait trop pitié, s'ils ne veulent pas se faire éclabousser de boue ou bien s'ils sont simplement polis, mais ils laissent la priorité aux coureurs. Merci!

Après cinq kilomètres à descendre, les jambes ne sont quand même pas en top shape. Quand vient donc le temps de monter la dernière piste de ski, les quasi-crampes sont revenues. Cette fois cependant, avec plus de 33 km parcourus, je sais que je compléterai la distance... mais je me demande pourquoi je n'ai amené que deux gels, et même mes liquides sont à sec par le temps que je finisse cet ultime effort. À regarder l'allure des participants autour de moi, je baptise ce segment « La montée des zombies »... pas nécessairement très original, mais après 6h de course c'est le mieux que mon cerveau épuisé a pondu! Je dois même m'arrêter deux fois pendant l'ascension car je suis à la limite de déclencher de douloureuses crampes, et je dois faire de très petits pas pour pouvoir continuer. Sur un coup de tête j'aperçois de petites fleurs sauvages mauves dont j'ignore le nom, et je me souviens que mon frère m'a déjà dit, lorsque j'étais jeune, qu'elles étaient comestibles. Je me souviens d'ailleurs en avoir mangé à quelques reprises il y a fort longtemps, et hop une bonne vingtaine d'années plus tard je décide soudainement d'en bouffer quelques-unes pour me donner un boost d'énergie. Probablement pas la chose la plus intelligente à faire, mais sur le coup ça m'a changé les idées et m'a aidé à compléter ce dernier segment douloureux et sa pente dépassant parfois les 25% d'inclinaison.

Une dernière petite station d'eau au sommet, et hop les quelques derniers petits kilomètres sont la récompense de tous ces efforts. La descente est vraiment plaisante et l'arrivée au village de Mont-Tremblant est magique, je fonce donc à pleine vitesse pour franchir la ligne d'arrivée. Petit fait cocasse : je profite des jeux d'eau pour enfants pour enlever (tant bien que mal) les épaisses couches de boue collées à mes jambes et souliers.

La souffrance d'une telle course est vraiment éphémère, dès le lendemain je songe à quels événements je pourrais faire! J'ai récemment terminé de lire « Ultra-ordinaire : journal d'un coureur » de Joan Roch, j'ai vraiment adoré et ça m'a motivé à fond (ça permet de rêver un peu!), mais tout semble tellement plus facile de la façon dont il décrit ses événements d'ultra-trail. Mais bon, Rome ne s'est pas faite en un jour, et j'avance un événement à la fois.

PS : j'ignore si c'est grâce au Off! ou à la saison plus avancée, mais les bébittes ne m'ont aucunement dérangé... yé!

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