Événement 67 - 20 février 2022 - Winterman (Ottawa) - 42.2 km - 4:38:55 (6:37 min/km)

La vengeance est un plat qui se mange froid. Et un marathon en février, c'est froid longtemps!

Il y a très peu d'événements de course hivernale qui offrent un marathon complet, c'est vraiment hors du commun alors je me compte chanceux qu'il y en ait un si près de la maison (Ottawa). J'ai participé au marathon Winterman en 2012, mais ayant attrapé un mauvais rhume le jeudi trois jours avant l'événement, j'ai été contraint à l'abandon... ça fait 10 ans que je rêve de prendre ma revanche!

Suite à ma course de 29 km à la mi-novembre, il me trotte dans la tête de m'attaquer à nouveau à Winterman. J'étais incertain si l'événement aurait lieu, avec les cas de COVID-19 qui augmentaient et les mesures sanitaires qui ne faisaient que s'aggraver, cependant l'idée était bien encrée. Je m'inquiétais aussi de me blesser à nouveau au pied droit avec l'augmentation du kilométrage, mais ça semblait s'être placé pour le moment... je crois que ma perte de poids récente a aidé à cet égard!

Je fais donc une esquisse de plan d'entraînement pour me donner une idée de ce qu'il me faudrait accomplir comme distance à chaque fin de semaine. Je commence tout de suite mon entraînement avec 24 km, un bon début. Mais une semaine plus tard j'attrape un rhume, 0 km, puis la semaine d'après c'est mon party de Noël à Tremblant, je ne complète que 6.5 km le samedi. Pas si fort comme départ finalement, nous sommes déjà en décembre et le marathon est prévu pour février!

Je décide de redoubler d'intensité avec 24 km, puis de me tester à fond avec 32 km. C'est réussi! Le jour même je m'inscris officiellement à Winterman, plus question de reculer! Ironie du sort, j'attrape la variante Omicron du Coronavirus quelques jours plus tard, et je perds une autre semaine d'entraînement. C'est vraiment bourré d'imprévus cet entraînement hivernal, mais je me console en me disant que ça réduit les chances d'être malade à nouveau avant l'événement!

Évidemment les restrictions sanitaires me font peur pendant tout ce temps, nous sommes de retour en confinement intense et il est difficile de prédire si le marathon aura bel et bien lieu. Je poursuis l'entraînement en restant positif, je me dis qu'au pire des cas je me ferai un « WinterPat » en solo près de chez moi, même si ça n'aurait pas la même satisfaction.

À la fin janvier je réserve un hôtel pour notre périple à Ottawa, je planifie y aller avec toute la petite famille, on se gâte en réservant ça en plein centre-ville tout près du Parlement et des points touristiques, en plus d'avoir accès à une piscine. Trois jours plus tard le Convoi de la liberté débarque juste à côté de l'hôtel et s'installe dans la capitale pour plus de trois semaines... me privant ironiquement de ma dite liberté.

Entre les bruits des klaxons, les odeurs d'essence, les barrages policiers, quelques violences civiles et une remorque remplie d'armes à feu, ça ne semble pas être le meilleur moment pour aller faire du tourisme à Ottawa. J'annule l'hôtel, je me contenterai d'un aller-retour en solo le jour de la course. À mon grand bonheur, à peine une semaine avant l'événement, on reçoit une communication des organisateurs : un nouveau parcours! Ce sera à Beechwood Ottawa, le cimetière national du Canada! C'est toujours dans la ville d'Ottawa, mais plus éloigné du centre-ville.

Au début février je fais le point sur mon entraînement, et j'admets en être fier. En partant il est difficile de s'entraîner pour un marathon, mais ça prend beaucoup de détermination pour le faire en hiver. J'ai affronté tous les éléments, couru de longues distances avec des températures ressenties atteignant les -30°C, contre le vent, la neige, le verglas, etc. Lors des grands froids je dois ajouter quelques vêtements supplémentaires, ça prend presque une brassée de lavage complète par sortie de course!

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Date Plan (km)Distance (km)Remarque
2021-11-2025   24
2021-11-2730   0 Rhume
2021-12-0421   6.5 Party de Noël
2021-12-1133   24  
2021-12-1830   32  
2021-12-2521   0 Omicron
2022-01-0228   22  
2022-01-0928   33  
2022-01-1633   12 Paresse
2022-01-2325   34.5  
2022-01-3030   24.5  
2022-02-0635   31  
2022-02-1321   18.5  
2022-02-2042.2  42.2 Winterman

Le jeudi, trois jours avant l'événement, ma fille commence à avoir le nez qui coule... un rhume dans la maison! Noooonn, pas question que l'histoire se répète! Ça me stresse toute la fin de semaine, j'en fais même des cauchemars, mais heureusement je n'attrape rien cette fois-là!

C'est en solo que je pars, tôt le dimanche matin, vers Ottawa (une route d'environ deux heures). J'ai tout préparé la veille afin de pouvoir partir rapidement sans réveiller personne. Évidemment c'est rendu à destination que je me rends compte que j'ai oublié mon déjeuner dans le frigo à la maison, en plus de mes fameuses dattes (c'est comme les épinards pour Popeye). Je dois me contenter de barres granola avant d'affronter la distance.

Pour être bien franc le parcours original de Winterman n'est pas grandiose, il consiste en huit boucles sur des routes asphaltées où il n'y a pas grand-chose à voir. Évidemment il serait difficile de faire autrement, l'organisation d'un tel événement en plein hiver pose plusieurs défis supplémentaires (bénévoles, eau qui gèle, éléments imprévisibles, abandons, etc). Le nouveau parcours a le même concept, huit boucles, mais cette fois-ci sur les sentiers asphaltés du cimetière.

Le matin à mon arrivée il fait -17°C, une température ressentie de -25°C, avec des rafales dépassant les 30 km/h. Ce n'est pas chaud mais ça se réchauffera, vers midi on parle de -6°C avec une température ressentie de -13°C. Je suis content d'avoir un « vrai marathon d'hiver », d'autant plus qu'il y a eu de la pluie quelques jours avant et qu'il y en aura quelques après. Les arbres du cimetière nous protégeront quelque peu du vent.

Le parcours original devait nous permettre une certaine attente à l'intérieur, mais ce nouveau site est 100% extérieur. Je reste dans la voiture le plus longtemps possible pour rester à l'abris du froid. Les départs du marathon et du demi-marathon se font en simultané à 8:30. C'est la première fois que je dois commencer une course avec un masque, mais au final ça me tient au chaud et j'oublie de l'enlever après le départ!

On commence tout de suite avec une côte. Je me rends compte assez rapidement que le parcours est rarement plat. Bien que les côtes soient petites, elles sont nombreuses, et nous somme presque toujours en train de monter ou de descendre légèrement. Les chemins sont bien dégagés mais suite à une tempête du vendredi soir, il reste quand même une petite couche de neige et de glace, c'est glissant par endroit et il faut continuellement mettre un peu plus d'efforts pour se stabiliser.

La course va bon train, il y a plusieurs bénévoles qui bravent le froid pour nous aider à nous diriger dans les sentiers, j'en suis bien reconnaissant. Il y a deux stations d'eau, donc l'équivalent d'une quinzaine de stations grâce aux boucles! Pendant tout mon entraînement j'ai exclusivement consommé de l'eau (pas de Gatorade) et je mangeais des dattes pour me donner un peu d'énergie (pas de gels). Je dois évidemment changer cette stratégie puisque j'ai oublié mes dattes, je suis bien content de profiter de la boisson sportive en plus des délicieuses boules de granola offertes aux stations d'eau.

Je termine ma deuxième boucle au même moment où le demi-marathonien le plus rapide termine sa troisième... décidemment on ne va pas tous au même rythme! Plus les boucles avancent, plus je connais le parcours par coeur. Les côtes du départ, les pierres tombales chinoises, le coin abrupt avec de la glace, la pierre tombale inscrite « Cave ». C'est quelque peu monotone mais ça a quelque chose de rassurant que de répéter les boucles, on sait ce qui s'en vient. Il y a quelques pancartes de bénévoles qui changent, j'ai d'ailleurs bien rit celle qui parlait qu'on était le genre de convoi qu'Ottawa était contente d'accueillir!

La quatrième boucle terminée, la moitié de la job est faite. Ça « feel » plus que la moitié cependant, je prédis que la fin sera difficile. Comme c'est la fin du demi-marathon, un très grand vide se crée dans la cinquième boucle. Je me sens un peu comme Frodo qui se dirige vers Mount Doom, seul et affaibli dans sa quête impossible contre toute attente. Heureusement il reste les départs du 5 km et du 3 km, mais ça ne durera pas longtemps.

Une cinquième et une sixième boucle sont complétées. Je n'ai jamais regardé mon allure, cependant je vois le temps officiel à chaque tour et je remarque que mon rythme ralenti. Mon allure de 5:40/km du départ est désormais autour de 6:40/km, et les pauses sont plus longues et plus fréquentes. Je réussis à compléter la sixième boucle. Au lieu de penser à mes prochains gros défis, je me demande plutôt pourquoi je tiens temps à me faire souffrir. C'est quand même cruel que de traverser la ligne d'arrivée à huit reprises, il serait si facile d'abandonner. Évidemment c'est hors de question, surtout pas quand ça fait dix ans que j'attends ce moment!

Mes jambes sont complètement épuisées, je sens les crampes venir dans mes quadriceps et je dois marcher pour éviter que ça tourne à la catastrophe. Un aspect qui me faisait peur d'un marathon hivernal est justement que je ne peux pas me permettre de marcher longtemps, c'est trop froid et je suis complètement trempé de sueur. Après une minute ou deux je sens que les jambes se rétablissent quelque peu par miracle, et je continue la course. Puis je marche. Puis je cours. Et ainsi va la dernière boucle, avec une allure moyenne autour de 8:00/km. Je suis claqué, mais je sais que j'y suis presque. Les bénévoles sont encore tout sourire après cinq heures à geler sur place, c'est eux qui méritent une médaille. Je franchis la ligne d'arrivée en 4h39!

Quelle délivrance, mais quelle fierté. Nous étions 494 participants inscrits aux diverses épreuves, mais seulement 393 se sont présentés et ont terminé leur course. Il faut dire que le Convoi en a probablement découragé quelques-uns, en plus du rude entraînement hivernal. Sur ce nombre il n'y a eu que 30 finissants au marathon.

Je collecte la belle médaille qui spin, et je me dis que somme tout ça s'est quand même bien déroulé... un marathon, ce n'est pas supposé être facile après tout! Je profite du bouillon de poulet chaud offert à l'arrivée, ça goûte le ciel après une telle épreuve! C'est 1-1 entre Winterman et moi, on verra ce que le futur nous réserve. Grâce au deuxième CD de Rock in Rio de Iron Maiden, je vole jusqu'à la maison sans encombre. Ce sera probablement une de mes meilleures récupérations de marathon à vie, notamment car je n'ai pas eu de crampes douloureuses. Bien qu'ayant les muscles endoloris, je suis prêt à recommencer à courir quelques jours plus tard comme après n'importe quelle fin de semaine de course!

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